Un lendemain à ne pas chercher à expliquer la veille.
Tu venais pour ne pas être seule un soir de début de célibat et d’armistice et je fus cherché sans préavis – alors que nous devions passer une soirée studieuse – pour rejoindre cette soirée improvisée entre gens chaleureux. Nous étions les deux pièces les plus rapportées de la petite agape, et loin de toute faute, il y a au contraire le sentiment partagé d’avoir su saisir le fruit lorsqu’il était mûr et que l’instant nous l’offrait. S’y être engouffrés dans le creux de notre chaleur à nous, loin de tou(te)s les autres. Ne pas le gâcher. Nous révéler dignes de la vie. Descendre ses fermetures éclair lorsqu’elle nous y invite. Et rendre grâce.
Mais tout de même : ces deux verres en plus que nous nous laissons remplir comme une façon de trinquer ensemble bien qu’à distance, comme un léger clin d’œil liquide se passant de regard, cet ascenseur où il est assez incompréhensible que nous ayons terminé à deux, tu descendais / je montais – il nous a emmené 20 km plus loin… C’est. Ne cherche pas à comprendre.
Un lendemain les yeux plombés mais le cœur léger, une nuit blanche à jamais en nous jusqu’à l’oubli de tout, tomber sur cette reprise de “Don’t explain” de Billie Holiday par Cat Power, sur un album qui trainait sur mon smartphone depuis des semaines, et se dire, là encore, que la rencontre entre cette chanson et mon oreille devait avoir lieu ce jour-là, bien que je l’aie sans doute entendue avant sans la reconnaître.
Prenons la joie. N’expliquons rien. Ne cherchons pas à justifier. Souvenons-nous seulement la tendresse entre nous, deux inconnus se regardant au fond des yeux comme de vieux amants qui se connaitraient pas cœur. Le plaisir sans trêve. Le matin sans regret. Mercis mutuels. Ce fut. Bien.
Photo d’entête : “Rocade Bordeaux sortie 17 N°2” par Nico sann
